Danse – Unwanted

La chorégraphe rwandaise Dorothée Munyaneza nous interpelle, par la danse et le chant, sur les conséquences des violences faites aux femmes en temps de guerre, dans un spectacle où la parole se veut libératrice.

Dorothée Munyaneza a passé son enfance au Rwanda jusqu’à l’âge de 12 ans. En 1994, année du génocide, elle fuit en Grande-Bretagne. Rescapée des massacres et des viols, elle grandit dans ce nouveau pays, refuge, où les arts de la scène se révèlent à elle ; la danse, la musique ou le chant deviennent sa passion. Cependant, c’est en France qu’elle décide de s’installer en 2008. Un pays qu’elle a choisi cette fois-ci. Dès lors, elle participe à plusieurs projets musicaux et chorégraphiques en tant qu’interprète, tout en préparant sa première création scénique, Samedi Détente. Cette œuvre se présente comme un témoignage sur ce génocide qu’elle a vécu, enfant. L’année choisie pour la présenter n’est pas anodine : 2014, soit vingt ans après ces massacres qui l’ont marquée. Malgré le temps, l’enfant qui a grandi n’a pas oublié et a besoin de partager à travers ce spectacle autobiographique. Un spectacle d’art contemporain, une pièce hybride qui oscille entre le théâtre, la danse et le chant pour nous dévoiler ses souvenirs.
A travers sa recherche artistique, Dorothée Munyaneza confronte sa mémoire à celle de son pays et à celle des rescapés tutsis. On retrouve cette même implication dans Unwanted, sa nouvelle création qu’elle nous présentera ce mercredi 7 novembre.

Cette fois-ci, sa démarche va plus loin en s’intéressant désormais uniquement aux femmes qui ont été victimes de violences sexuelles et aux enfants nés de ces actes barbares. Ainsi, Unwanted ou « Non voulu » en français, fait ici référence à ces êtres non désirés. Dorothée Munyaneza a décidé de porter la parole de ces mères et de leurs enfants, mais surtout leurs voix, sur scène. En effet, elle est partie à leur recherche, au Rwanda, et les a enregistrées pour nous permettre de les entendre, pour qu’elles soient écoutées pour la première fois. Et c’est aussi la première fois que ce genre de témoignages, ceux de victimes de viol et de leurs enfants, est partagé sur une scène. Un espace unique où Dorothée Munyaneza voulait, à la base de son projet, être seule avec ces femmes dont elle se sentait proche. Pourtant, en rencontrant Holland Andrews, chanteuse afro-américaine issue du Portland Institut For Contemporary Art, elle découvre une voix tantôt rauque et gutturale et tantôt lyrique qu’elle ne peut plus dissocier de son œuvre. Ensemble elles offrent une performance scénique complétée par celle du musicien Alain Mahé, entre ses sonorités électroniques et électro-acoustiques. Le témoignage des victimes passe bien par l’interprétation de ces artistes mais aussi par le décor, constitué d’un totem, créé par le plasticien et militant antiapartheid Bruce Clarke. Ainsi, à mesure que la pièce avance, avec ses témoignages, la femme qui est représentée sur ce totem en tôle subit les violences endurées par les victimes. Dorothée Munyaneza nous délivre donc un message déchirant, et personnel, teinté du poétisme qu’offrent le théâtre et le chant que nous vous invitons à découvrir.
Unwanted a été créé au Festival d’Avignon, avant de tourner dans toute la France. Aujourd’hui nous vous le proposons au CCFG, grâce au concours de l’Institut Français qui accompagne la troupe Kadidi, fondée par Dorothée Munyaneza, en Afrique de l’Ouest.

 

MERCREDI 7 NOVEMBRE – 19H30

TARIF : 40 000 GNF